Jusqu’au 5 avril 2026, le Grand Palais consacre All About Love, une grande monographie parisienne dédiée à l’artiste multidisciplinaire américaine Mickalene Thomas. Inspirée par les écrits de la théoricienne afro-féministe Bell Hooks. L’exposition y déploie un parcours foisonnant et pluridisciplinaire — peintures monumentales, collages, photographies, vidéos et installations — célébrant la joie, l’intimité et la puissance des corps – et des âmes- des femmes noires. Rouvert au public en 2025, le Grand Palais rénové offre à l’œuvre de Mickalene Thomas un écrin à la hauteur du sujet.
Présentée du 17 décembre 2025 au 5 avril 2026, All About Love met en lumière un moment important dans le parcours de Mickalene Thomas. Installée dans la Galerie 7, l’exposition est bien plus qu’une rétrospective : c’est une déclaration esthétique et politique portée par l’une des artistes afro-américaines les plus influentes de sa génération ( née en 1971).
À travers des compositions audacieuses où elle place les femmes noires au centre du cadre, souveraines et maîtresses de leur représentation. La force du parcours tient aussi à la magie du lieu. Dès l’entrée, les perspectives aérées, la lumière retrouvée et l’ampleur des salles subliment les œuvres, renforçant l’impact émotionnel de l’exposition.
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L’art comme acte politique
Chez Mickalene Thomas, aimer devient un acte politique : aimer son corps, son histoire, sa communauté. Ses figures féminines, sensuelles et puissantes, revendiquent le droit au plaisir, au repos et à la joie — autant de territoires longtemps refusés aux femmes noires. Ici, les tableaux aux motifs luxuriants et aux couleurs saturées captent le regard. Les modèles — amies, amantes, membres de la famille ou icônes culturelles — s’installent dans des intérieurs inspirés des années 1970, entre intimité assumée et affirmation de soi. Le portrait classique est ici réinventé.
Une partie de l’exposition revisite également l’histoire de l’art européen. Des œuvres emblématiques de Manet ou d’Ingres sont réinterprétées, le regard déplacé, les rapports de pouvoir inversés. Les femmes noires y occupent le centre de ces récits visuels, non plus comme objets, mais comme sujets.
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Des frontières brouillées entre « grand art » et culture populaire
Au-delà de la composition, c’est la texture même des œuvres qui fascine. Mickalene Thomas utilise avec brio le strass (rhinestones), les paillettes et l’émail pour ponctuer ses toiles. Loin d’être un simple artifice décoratif, cette brillance agit aussi sur nos imaginaires. Elle confère aux sujets traités une aura de préciosité, tout en brouillant les frontières entre « grand art » et culture populaire. Ces surfaces scintillantes forcent le spectateur à bouger pour percevoir l’œuvre, créant ainsi une interaction physique et dynamique qui redonne tout son éclat à l’identité noire.
Déjà présentée à Los Angeles, Philadelphie, Londres ou Toulouse, All About Love trouve au Grand Palais ainsi une ampleur inédite. En quittant les lieux, une certitude gagne le visiteur : l’œuvre de Mickalene Thomas ne se contente pas de représenter, elle réécrit aussi nos récits communs. Elle nous incite à faire fonctionner nos imaginaires. De la plus belle des manières.









