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Baobab & Société

Pourquoi on adore cancaner : l’art ancestral du gossip

Crédit: Pexels-Kampus
L’humain adore savoir ce qui se passe dans la vie des autres.

 

Le gossip nous offre une évasion délicieuse de notre quotidien parfois trop sérieux.

Tu es au courant ? Parait que ? Sais-tu que ? Avouons-le : qui n’a jamais ressenti cette petite excitation en apprenant que telle star a rompu ou que tel people a fait une sortie embarrassante ? Le gossip, ce plaisir coupable que nous partageons tous, mérite qu’on s’y attarde avec bienveillance et… un brin de malice.

Le gossip existe depuis que l’humanité sait parler ! Dans l’Antiquité, les Romains se délectaient déjà des scandales de leurs empereurs. Au Moyen Âge, les lavoirs étaient les centres névralgiques des commérages. Au XVIIIe siècle, les salons parisiens bruissaient de rumeurs sur la cour de Versailles.

Seuls les supports ont évolué : des gazettes aux magazines people, puis aux blogs et réseaux sociaux. Le principe reste identique : l’humain adore savoir ce qui se passe dans la vie des autres.

Cancans ? Hommes, femmes, même combat !

Contrairement aux idées reçues, le gossip n’est pas l’apanage des femmes. Les psychologues Robin Dunbar (Université d’Oxford) et Nicholas Emler (Université de Surrey) ont démontré dans leurs recherches respectives que les hommes passent autant de temps que les femmes à échanger des informations sociales. Dunbar a notamment établi dans une étude de 1997 que jusqu’à 65% des conversations peuvent être définies comme du gossip, tandis qu’Emler souligne qu’il existe peu de différences entre les sexes dans la quantité de gossip, bien qu’il y ait des variations dans le contenu et la motivation. La différence ? Les femmes parlent plus volontiers de relations interpersonnelles, tandis que les hommes préfèrent commenter les performances sportives ou professionnelles. Au final, même débat de comptoir sur le dernier match de foot relève du gossip !

Les adolescents, eux, sont les champions toutes catégories. Normal : à cet âge, décrypter les codes sociaux devient vital pour s’intégrer.

Le gossip, c’est les autres

Le gossip traditionnel cherche avant tout à divertir et créer du lien social.

 

Le gossip moderne se nourrit principalement de la vie des célébrités. Qui sort avec qui ? Qui a pris du poids ? Qui a fait une déclaration controversée ? Prenons quelques exemples savoureux : les rebondissements matrimoniaux de Jennifer Lopez, les excentricités vestimentaires de Lady Gaga, ou encore les tweets nocturnes d’Elon Musk alimentent quotidiennement nos conversations.

Mais attention : le gossip ne se limite pas aux stars. Il concerne aussi nos collègues, voisins, ou cette connaissance qui poste des photos de vacances luxueuses alors qu’elle se plaignait d’être fauchée la semaine dernière.

Jocelyne ne se rend pas à un dîner ou à un cocktail sans avoir fait auparavant son plein de cancans. Elle épluche systématiquement les magazines people et s’abreuve de commérages sur le Net. Cette stratégie lui permet d’avoir le bon mot lorsque l’ennui plane sur les conversations ou que le trop plein de sérieux plombe l’ambiance. Du coup, elle est souvent invitée pour ses bons mots et sa bonne humeur.

Une soupape de décompression

Privilégions l’information à la médisance, la curiosité à la méchanceté.

Les psychologues expliquent cette fascination par plusieurs mécanismes. D’abord, le gossip renforce nos liens sociaux : partager un secret crée de l’intimité. Ensuite, il nous permet de nous situer socialement. En commentant les erreurs des autres, nous nous rassurons sur nos propres choix.

Le gossip fonctionne aussi comme une soupape de décompression. Après une journée stressante, s’évader dans les péripéties de Brad Pitt nous détend. C’est une forme de méditation moderne, finalement ! Enfin, il satisfait notre besoin ancestral d’information. Connaître les « news » du groupe était autrefois une question de survie. Aujourd’hui, savoir que Rihanna attend des jumeaux nous donne l’illusion d’appartenir à une communauté élargie.

Commérages, ragots, cancans, bavardage, potins et compagnies… Le gossip obéit à des règles précises. Il se transmet de proche en proche, se déforme au passage, et s’amplifie selon l’émotion qu’il suscite. Plus c’est croustillant, plus ça se propage vite ! Les réseaux sociaux ont révolutionné la donne. Instagram, TikTok et Twitter permettent une diffusion instantanée. Les influenceurs sont devenus nos nouveaux voisins de palier, et leurs moindres faits et gestes nous passionnent.

Gossip et fake news : une famille toxique ?

Attention, nuançons ! Si le gossip peut parfois véhiculer de fausses informations, il n’est pas systématiquement malveillant. Contrairement aux fake news, qui visent souvent à manipuler l’opinion publique, le gossip traditionnel cherche avant tout à divertir et créer du lien social.

Cependant, à l’ère numérique, la frontière s’estompe. Certains gossips malintentionnés peuvent effectivement nuire à la réputation des personnes visées. D’où l’importance de garder un regard critique et bienveillant.

Le gossip fait partie de notre nature sociale. Plutôt que de le diaboliser, apprenons à le pratiquer avec éthique : privilégions l’information à la médisance, la curiosité à la méchanceté, et n’oublions jamais que derrière chaque « people », il y a un être humain. Après tout, un monde sans un soupçon de cancans serait un peu ennuyeux, non ?

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