Alors que la saison des prix littéraires 2025 touche à sa fin en France — le Goncourt a récompensé Laurent Mauvignier pour La Maison vide (Éditions de Minuit), le Renaudot Adélaïde de Clermont-Tonnerre pour Je voulais vivre (Grasset), et le prix Interallié Louis-Henri de La Rochefoucauld pour L’Amour moderne (Robert Laffont) —, les consécrations de Yanick Lahens et Nathacha Appanah resteront comme un moment charnière. La première a reçu le Grand Prix du roman de l’Académie française pour Passagères de nuit (Sabine Wespieser), tandis que la seconde s’est vue décerner le prix Femina pour La Nuit au cœur (Gallimard). Deux autrices afro-descendantes majeures, deux écritures de vérité et de résistance, qui marquent cette édition.
Yanick Lahens : Grand Prix du Roman de l’Académie française
Le 30 octobre 2025, sous la Coupole de l’Institut de France, l’Académie française a décerné son Grand Prix du Roman à Yanick Lahens pour Passagères de nuit (Sabine Wespieser Éditeur). L’écrivaine haïtienne l’a emporté de justesse au troisième tour avec 11 voix contre 10 pour Pauline Dreyfus — un scrutin serré qui souligne la puissance de sa prose.
Née à Port-au-Prince, formée à la Sorbonne, professeure, essayiste et militante pour le développement culturel d’Haïti, Yanick Lahens incarne cette littérature caribéenne exigeante, enracinée dans la mémoire et la résilience. Déjà couronnée du Femina en 2014 pour Bain de lune, elle poursuit avec Passagères de nuit son exploration des lignées féminines, des fractures de l’histoire et de la dignité retrouvée.
Dans ce roman ample, tissé d’une langue somptueuse où le français se mêle au créole, Lahens fait dialoguer Elizabeth, née à La Nouvelle-Orléans en 1818, et Régina, née un demi-siècle plus tard en Haïti. Deux femmes traversées par la violence du monde colonial, deux consciences en quête de liberté.
« Cette distinction me conforte dans l’idée que la littérature possède encore un pouvoir immense : celui de transcender le temps et l’espace », a déclaré l’autrice lors de la remise du prix.
À travers elles, c’est toute une mémoire enfouie — celle des femmes réduites au silence par l’histoire — qui refait surface.
Nathacha Appanah : Prix Femina 2025
Quelques jours plus tard, le 3 novembre, c’est une autre voix du monde francophone qui s’impose. Le Prix Femina a salué La Nuit au cœur (Gallimard) de Nathacha Appanah, un texte d’une intensité rare consacré aux violences conjugales et aux féminicides.
Née à Mahébourg, sur l’île Maurice, issue d’une famille d’engagés indiens, Nathacha Appanah vit en France depuis 1998. Elle a déjà conquis la critique avec Le Dernier Frère (prix du Roman Fnac) et Tropique de la violence (prix Femina des lycéens). Mais jamais son écriture n’avait atteint une telle justesse.
Dans La Nuit au cœur, trois femmes tentent de survivre à la violence des hommes qu’elles ont aimés. L’une d’elles s’inspire de l’expérience personnelle de l’autrice, qui confie avoir été sous emprise pendant des années. Loin de tout sensationnalisme, Appanah dissèque les mécanismes de la peur, du contrôle et de la dépossession de soi. Son style, à la fois limpide et vibrant, restitue cette lutte entre effacement et renaissance.
« Je n’ai pas eu peur d’écrire ce livre », a-t-elle confié, consciente de la portée politique de son geste.
Le jury du Femina, conquis par la densité de sa langue et la force morale du texte, salue « un roman nécessaire, qui donne chair aux silences et dignité à la douleur ».
Dans une France encore marquée par les féminicides, La Nuit au cœur s’impose comme une œuvre de vigilance, mais aussi d’espérance. Ici, la littérature devient refuge et arme.
Le focus de BRUNE, sur quatre livres
Même s’ils n’ont pas été primés, ils méritent le détour pour la pertinence de leur propos.
Le Roi des cendres – S. A. Cosby (Éditions Sonatine) Un roman noir incandescent, traversé par la colère et la lucidité. « Il y a des morts qu’on enterre deux fois : une fois dans la terre, une autre dans le silence. » Cette phrase résume la puissance de S. A. Cosby, qui transforme l’intrigue d’un retour aux origines en miroir d’une Amérique fracturée. Le Roi des cendres parle moins de meurtre que de mémoire, moins de crime que de justice refusée. Dans Le Monde (octobre 2025), l’auteur écrivait : « Les États-Unis ne se soucient plus de la vérité. » Ce livre en est la démonstration implacable — un polar brûlant d’humanité et d’une actualité cinglante.
Je suis née libre – Rokia Traoré (Éditions JC Lattès) L’intérêt de ce livre réside dans le fait qu’il va au-delà du simple témoignage. Rokia Traoré y aborde son combat judiciaire en Europe, où elle a été accusée, traquée et emprisonnée dans le cadre d’un conflit de garde avec son ex-compagnon belge. Libérée en janvier 2025 après l’abandon des poursuites, elle dénonce les failles d’un système judiciaire qui, selon elle, favorise les pères abusifs au détriment des mères protectrices, notamment à travers la Convention de La Haye. Son récit met en lumière les préjugés et l’injustice dont elle s’estime victime en tant que femme africaine face à des institutions européennes. Rokia Traoré, figure emblématique de la musique malienne, incarne à travers ce livre une parole rare et puissante, qui dépasse le cadre strictement judiciaire pour toucher à l’universel : la quête de justice, la protection des enfants comme acte de survie.

Et aussi :
Kamala Harris et Michelle Obama…
Dans « 107 Days », publié en anglais aux éditions Simon & Schuster, Kamala Harris retrace les 107 jours intenses de sa campagne présidentielle de 2024, une aventure politique aussi courte qu’historique. Avec franchise, elle y révèle les coulisses de cette course effrénée : les stratégies improvisées, les débats sous haute tension, les doutes et les espoirs d’une femme déterminée à écrire l’histoire. Ce récit, à la fois politique et intime, offre un éclairage unique sur les défis d’une candidate confrontée aux attentes d’une nation et aux réalités d’un système impitoyable.
Dans « The Look », publié en anglais aux éditions Simon & Schuster en novembre 2025, Michelle Obama explore pour la première fois l’évolution de son style vestimentaire, de ses débuts aux côtés de Barack Obama jusqu’à son rôle d’ancienne First Lady et d’icône mondiale. Richement illustré de plus de 200 photographies, dont de nombreux clichés inédits, cet ouvrage retrace comment la mode est devenue pour elle un outil d’affirmation, de confiance et d’expression de ses valeurs. Elle y partage ses choix vestimentaires les plus marquants, des robes de créateurs aux tenues décontractées, et explique comment chaque look a été pensé pour porter un message, briser les codes ou simplement se sentir à l’aise dans un monde sous les projecteurs. Avec la participation de sa styliste Meredith Koop et de son équipe beauté, « The Look » est bien plus qu’un livre sur la mode : c’est une réflexion sur le pouvoir et la liberté d’être soi-même, même sous le feu des critiques.









