
Actrice majeure et voix courageuse, Halima Gadji a quitté la scène pour le ciel.
Elle était une voix libre dans un paysage qui l’est trop rarement. À 36 ans, Halima Gadji, actrice sénégalaise révélée au grand public par la série Maîtresse d’un homme marié (2019-2021), est décédée ce lundi 26 janvier à Dakar. Au-delà de l’icône de fiction, elle laisse un combat à poursuivre : celui de la santé mentale, encore trop souvent reléguée au silence en Afrique comme ailleurs.
L’annonce de sa disparition, relayée par l’Agence de presse sénégalaise (APS) puis confirmée par le ministère de la Culture, a provoqué une onde de choc au Sénégal et bien au-delà, dans toute l’Afrique et les diasporas. Quelques heures avant son décès, Halima Gadji publiait encore sur Facebook un message lumineux à destination des jeunes Africaines, les encourageant à candidater à la saison 2 de l’émission de téléréalité Nouvelles reines. Elle laisse derrière elle sa fille, mais aussi toute une génération de femmes qui se sont reconnues dans son parcours, son franc-parler et son courage.
Quand une série devient un choc culturel panafricain
Née en 1989 à Dakar d’un père sénégalais et d’une mère maroco-algérienne, Halima Gadji n’a jamais suivi un chemin balisé. Elle quitte l’école très jeune, animée par la conviction profonde de devenir actrice. Le mannequinat et la publicité la mènent d’abord devant la caméra, avant qu’Abdoulahad Wone ne lui confie un rôle marquant dans la saison 2 de la série Tundu Wundu (2016).
La consécration arrive en 2019 avec Maîtresse d’un homme marié. Elle y incarne Marème Dial, une femme ambitieuse et transgressive, en couple avec un homme marié. Dans un Sénégal encore largement conservateur, la série provoque un véritable séisme culturel. Très vite, elle dépasse les frontières nationales pour toucher un public panafricain et diasporique, devenant un miroir brut des contradictions contemporaines autour du mariage, du désir et de la place des femmes.
Dire la dépression, la bipolarité et survivre au regard public
Mais l’héritage le plus profond d’Halima Gadji dépasse le cadre du jeu d’actrice. Très tôt, elle a choisi de parler à visage découvert de sa santé mentale. Elle confiait souffrir de dépression depuis l’âge de 11 ans, évoquant des « bouffées suicidaires, non pas pour en finir avec la vie, mais pour arrêter une douleur insupportable », disait-elle. Elle avait également décrit sa bipolarité, regrettant l’enfermement social que la société lui imposait en raison de cette maladie, comme c’est encore le cas pour de nombreux troubles mentaux.
Dans le documentaire Don’t Call Me Fire (2021), comme sur ses réseaux sociaux, elle racontait sans fard la pression sociale, l’hyper-exposition médiatique, son bégaiement longtemps perçu comme un handicap dans l’industrie cinématographique, et la violence symbolique exercée sur les femmes publiques sommées d’être irréprochables.

Harcèlement, silence social et responsabilité collective
Cette parole libre lui a valu une immense reconnaissance, mais aussi une haine numérique d’une brutalité extrêm
e. Insultes, harcèlement, messages la traitant de « folle » faisaient partie de son quotidien. Halima Gadji les a dénoncés à de nombreuses reprises. Ces violences numériques, qu’elle avait publiquement condamnées, illustrent un phénomène plus large de harcèlement touchant de nombreuses femmes exposées médiatiquement.
Aujourd’hui qu’elle est partie, ses détracteurs risquent de chercher une nouvelle proie. Reste une question essentielle : le monde culturel africain et la société dans son ensemble sauront-ils enfin écouter, protéger et accompagner celles et ceux qui osent dire leur souffrance ? Ne pas laisser s’éteindre la voix d’Halima Gadji est désormais une responsabilité collective.





