Le magazine BRUNE célèbre ses 35 ans d’existence avec la parution de son numéro 111, réaffirmant son rôle historique de plateforme d’information de premier ordre dans la presse panafricaine, un espace de débat et de valorisation pour les femmes afrodescendantes, de Dakar à Paris et bien au-delà. Les festivités ont débuté à Diamniadio, dans l’écrin du Four Points by Sheraton, lors du Brune Birthday Brunch. Cet événement a rassemblé figures publiques, entrepreneures, partenaires et jeunes talents autour d’un même mot d’ordre : élégance, transmission et puissance collective. Cette manifestation dakaroise marquait le coup d’envoi des célébrations de cet anniversaire, qui se poursuivront tout au long de l’année 2026.
Au cœur de ce rendez-vous, un panel consacré à l’autonomisation financière et à la transmission a fait dialoguer la fondatrice, Marie-Jeanne Serbin-Thomas, et des dirigeantes de premier plan telles que Bineta Bibi Niang (Axiom Group), Paula Marie Sylva (Assemblée nationale du Sénégal) ou encore Awa Mballo Tall, fondatrice d’Amfa Beauty, qui inaugurait à cette occasion le concours Icône by Amfa pour révéler l’égérie de la marque. Les échanges, nourris également par les interventions de Madani Tall, Sahid Yallou (Ecobank), Antoine Ngom, ou de Djibril Diallo — qui a rappelé le sens de sa campagne « Carton rouge aux violences faites aux femmes et aux filles » —, ont rappelé avec réalisme que la réussite se rêve, mais qu’elle se construit surtout par la rigueur de la gestion, la solidité des réseaux et l’accès stratégique aux capitaux.
Dans cette édition, à lire également, l’article « Epstein est toujours vivant ». La fondatrice, Marie-Jeanne Serbin-Thomas, y décortique les mécanismes systémiques qui perpétuent les violences sexuelles et l’impunité, bien au-delà du seul cas du milliardaire américain. Elle explicite comment le silence, la minimisation des faits et les classements sans suite constituent un véritable système en soi. L’analyse s’appuie sur des données précises, en résonance avec son éditorial « Le silence en héritage », qui rappelle combien la douleur des femmes est souvent rendue invisible avant d’être déclarée inexistante.
En parallèle, le magazine explore les dynamiques psychologiques de la transmission intime de mère à fille dans « De mère en fille, conversation privée », en posant une question simple et radicale : tous les legs méritent-ils d’être conservés ? En compagnie de la psychologue clinicienne Dr Rokhaya Ndoye, BRUNE interroge la nécessité, pour les jeunes générations, de choisir ce qu’elles conservent de l’héritage maternel, établissant une distinction nette entre la transmission de valeurs fortes et la reproduction de peurs recyclées, de sacrifices glorifiés et de culpabilités silencieuses.
La section Mode met en lumière le parcours d’exception du créateur d’origine haïtienne Helmer Joseph, qualifié d’« enfant adopté de la haute couture ». Son travail sculptural et rigoureux s’inscrit dans la lignée des grandes maisons tout en affirmant une signature propre, au croisement de la discipline du moulage à la française et d’un imaginaire nourri par Haïti et Montréal. Ses pièces, dont certaines ont rejoint des collections permanentes au Québec, témoignent d’une obsession de la coupe juste, de la durabilité et d’une élégance qui refuse l’obsolescence programmée.
BRUNE s’est également rendu au Togo pour couvrir la 13e édition du festival international de la mode Fimo 228 à Lomé, confirmant que la capitale togolaise est une plateforme de référence pour la création contemporaine. Sous le chapiteau du Magic Mirrors de l’Institut français, puis sur les pelouses de l’hôtel Onomo, le rendez-vous imaginé par Jacques Logoh a fait dialoguer batik, tissages, indigo et silhouettes urbaines. L’événement a ainsi ouvert la scène à une nouvelle génération de designers d’Afrique de l’Ouest, de la Caraïbe et de la diaspora, bien décidés à traiter l’héritage textile non comme un folklore, mais comme un langage de design.
Un leadership féminin au cœur des institutions
Sur le plan politique et institutionnel, ce numéro propose un grand entretien avec Lydie Omanga Dihandju, vice-présidente de l’ARPTC au Congo et petite-nièce de Pauline Lumumba. Elle y livre sa vision d’un leadership féminin pragmatique et durable sur le continent, loin des effets de mode. Ancienne journaliste devenue stratège de la communication publique puis régulatrice, elle revendique un cheminement par la compétence, la constance et la « résistance silencieuse », assumant un rôle de « Mama Boboto » — femme de paix au caractère fort — dans un univers longtemps réservé aux hommes.
De même, le portrait d’Euphrasie Kouassi Yao illustre 35 années d’ingénierie du genre appliquées au fonctionnement concret des sociétés et à la consolidation de la paix en Côte d’Ivoire. De la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de décisions » au Compendium des compétences féminines de Côte d’Ivoire (Cocofci) — qui recense plus de 19 500 profils et a été distingué par le PNUD —, elle a développé une méthode (conscientiser, former, agir) qui transforme la question du genre en architecture publique, avec un impact mesurable sur les politiques de paix, d’accès à l’eau et de représentation des femmes dans les instances de décision
L’entrepreneuriat lucide et l’expertise scientifique
BRUNE N°111 récuse les discours simplistes sur la réussite en proposant, au fil de ses pages, un guide pragmatique. Le dossier « Rêves et vérités, les leçons cachées de l’entrepreneuriat » explore les illusions tenaces et les réalités du terrain pour les créatrices d’entreprises. Cet article aborde lucidement la gestion du temps, la solitude de la dirigeante, l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus, mais aussi la persistance du racisme et du sexisme comme des risques d’entreprise à part entière, au même titre que la trésorerie ou le droit social.
Enfin, le volet bien-être se penche sur des enjeux de santé publique majeurs, prolongeant le fil rouge de l’écoute du corps féminin. L’enquête sur l’alopécie cicatricielle centrale centrifuge (ACCC), menée avec le chirurgien capillaire Dr Christian Bisanga, brise les tabous liés à la perte de cheveux dans les communautés noires. Elle interroge la responsabilité des pratiques de coiffure et des produits agressifs, tout en rappelant l’importance vitale d’un diagnostic médical précoce pour éviter des séquelles irréversibles.