
Pour clôturer la 24e édition de la Dakar Fashion week, Adama Paris fait voguer la mode sur l’Atlantique, offrant une escale visuelle flamboyante et totalement inédite.
Dès l’aube, une pluie fine s’était installée sur Dakar, impromptue en cette période et laissant envisager un destin funeste au défilé de mode de la Dakar Fashion Week, prévu sur l’eau dans la presqu’île de Ngor. Mais ces gouttes temporaires ne connaissaient pas la volonté farouche de la Mamy Wata du jour, sirène suprême et grande organisatrice du show attendu, Adama Paris.
Conforme à ses habitudes, la perle du Sénégal avait prévu de secouer les émotions. De bousculer les codes scénographiques et déplacer le spectacle sur les eaux, non pas celles d’un fleuve endormi mais sur les remous palpitants de l’océan Atlantique. Le scénario tenu secret alimentait déjà en coulisses tous les fantasmes, car Adama Paris ne laissait filtrer que des bribes d’informations sur ce défilé de mode hors du commun qui célébrait le 24e anniversaire de la manifestation. La pluie, certes éparse, jouant les prolongations, laissait au fil des heures à des nuages la possibilité d’apporter au ciel dakarois un voile grisâtre mais subtilement romantique.
Le décor étant planté, c’est en éclaireurs excités que nous prîmes la route de Ngor, où le rendez-vous était fixé sur la plage de l’hôtel Diarama, premier établissement de l’Afrique occidentale française, construit en 1953 par l’architecte Le Corbusier. Ce sont les nombreuses personnes ayant revêtu un gilet de sauvetage qui nous ont mis la puce à l’oreille, tandis qu’elles embarquaient dans un joyeux brouhaha sur les pirogues arborant le nom de la Dakar Fashion Week.
Impressionnant en tout point, le panorama vous tendait les bras pour un baptême de la mer. Le ressac de l’Atlantique turbulent secouait les barques avec une certaine assurance. Mais les gestes affûtés des équipes et des piroguiers montraient que l’ensemble était maîtrisé et que le spectacle ne prendrait aucun risque avec la sécurité.

Créateurs à la barre : huit silhouettes pour défier les vagues
Et le spectacle a été riche en émotions. Avec le sentiment amplifié et le privilège de vivre un moment unique, entre la culture et la nature, entre la mode prise en tenaille entre le bleu des vagues et le blanc de l’écume, les couleurs des pirogues, le ciel noircissant et les silhouettes aériennes des mannequins, c’était tout simplement exceptionnel.
Chaque créateur, assis à la poupe de son embarcation, présentait huit modèles qui semblaient avoir été sélectionnés pour leur fluidité, leur nuance et leur majesté. Soulevées par le vent, les robes et tuniques, jupes et boubous flottaient comme les drapeaux d’une nation engagée.
Adama Paris, capitaine d’un rêve de mode en haute mer
Adama Paris a ouvert le spectacle avec un kaléidoscope de nuances de fuchsia, orange, jaune crémeux, turquoise laiteux, rouge et mauve. Des robes et ensembles somptueux dans leur minimalisme, portés par des mannequins sculpturales, élancées comme des statues vivantes avec leur coiffure nattée et déliée de toute beauté.
La première pirogue, fendant le vent à travers les embarcations des invités, était suivie par une seconde puis une troisième, jusqu’à un septième bateau. Ganda Wear, Owens, Inspire, Service Almakhtoum, Loulou Design, NGorbatchev et Parfait Ikouba, qui clôtura cette croisière étonnante avec ses créations entre voiles et paillettes. L’émotion était à son comble.
Au terme de cette traversée, une vérité s’imposait : la mode n’est jamais aussi puissante que lorsqu’elle dialogue avec les éléments et ose l’improbable. En transformant l’océan en podium vibrant, Adama Paris et ses créateurs invités ont rappelé que la Dakar Fashion Week n’est pas seulement un rendez-vous esthétique, mais un manifeste vivant. Un manifeste pour une mode libre, intrépide, profondément ancrée dans la scène mondiale. Et lorsque les pirogues ont regagné la côte, il ne restait qu’un souffle, celui d’avoir assisté à un moment que l’on ne reverra sans doute jamais, un instant magique suspendu entre le ciel, la mer et la beauté.
La suite du reportage est à venir sur notre site.






