Face à plusieurs centaines d’invités, Lahade Gueye a confirmé son ascension passionnée au sommet de la mode sénégalaise.
À l’ambassade de France à Dakar, le jardin s’est mué en cathédrale de lumière pour accueillir le dernier défilé de Lahade Gueye, figure désormais incontournable de la scène mode sénégalaise. Devant près de 700 invités, le créateur a livré une démonstration magistrale de ce qu’il bâtit depuis plus d’une décennie : une identité singulière, élégante, enracinée, qui dialogue avec le monde tout en restant fidèle à cette incroyable touch de Dakar.
La maison Algueye Dakar, fondée en 2012, s’est imposée patiemment, couture après couture, comme l’un des laboratoires les plus raffinés du style sénégalais contemporain. Loin des effets de mode rapides et fugaces, Lahade Gueye a construit un langage fait de volumes sobres, de détails maîtrisés, de références patrimoniales sublimées. Broderies, tissages, étoffes iridescentes : son univers oscille entre tradition réinterprétée et modernité assumée, décryptée et digérée. Baptisée Transformation, sa dernière collection de 55 modèles portés pas 55 mannequins, en est une synthèse éclatante.
Motifs inspirés repensés avec une main de haute couture
Côté féminin, les robes longues semblent sculptées dans la lumière. Boubous immenses et fluides, taffetas lamés qui captent chaque mouvement, silhouettes architecturées qui propulsent de nouveaux les codes, motifs inspirés repensés avec une main de haute couture. L’opulence, chez Lahade Gueye, n’est jamais tapageuse : elle se discipline, se polit, se précise jusqu’à devenir architecture textile.
Mais c’est dans le vestiaire masculin que le créateur déplace le plus ouvertement les lignes.
Bombers en lurex, pantalons lamés à l’allure presque cosmique, chemises près du corps aux couleurs hologrammes : Lahade ose emprunter au registre féminin pour étoffer la silhouette masculine, sans la fragiliser ni la caricaturer. Ici, la virilité n’est pas contredite, elle est redessinée, réinventée, libérée. Une masculinité assumée, moderne, fluide, la marque d’un créateur qui sait lire son époque.
Le grand magasin de luxe consacre un talent abouti
Si Dakar était son terrain d’expression naturel, c’est pourtant à Paris que son style a récemment rencontré une audience internationale. Sa présence en juin dernier, au pop-up Africa Now des Galeries Lafayette, temple parisien du luxe, accueillant chaque année plus de 32 millions de visiteurs, a constitué un tournant. Loin d’une sélection aléatoire ou d’un simple effet de tendance, son invitation dans ce grand magasin de luxe consacre un talent abouti, parfaitement identifié par les curateurs du lieu. Là, au milieu de marques émergentes triées sur le volet, Lahade Gueye a présenté son écriture stylistique à une clientèle mondiale ,preuve que Dakar n’est plus seulement une scène continentale, mais un centre de gravité esthétique qui attire les regards.
Ce succès trouve ses racines dans une histoire profondément humaine. Fils d’une vendeuse de fripes, Lahade Gueye découvre la mode à travers l’œil affûté de sa mère, capable de dénicher les pièces rares dans les ballots de vêtements qu’elle recevait. Avant de tenir l’aiguille, il poursuit des études de marketing, mais c’est finalement le fil, le tissu et la silhouette qui le rattrapent. Cette sensibilité héritée, mêlée à une discipline autodidacte, irrigue encore aujourd’hui son travail.

Modeste et réservé malgré les hourvaris qui clôturent ses défilés, Lahade Gueye impose une vision : celle d’une mode sophistiquée, puissante, universelle. Une mode qui n’imite personne, parce qu’elle a déjà trouvé sa voix.








