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Mode & Style

MaXhosa, la maille habitée

Collection FW 2026-2027, ensemble pantalon en maille avec ceinture.

À Paris, Laduma Ngxokolo a présenté une collection mixte dense, ancrée et portable, où la culture xhosa avançait à visage découvert.

Dans un hôtel particulier datant du Moyen Âge, à deux pas de la basilique Notre-Dame de Paris, Laduma Ngxokolo n’est pas venu défendre une identité. Il est venu montrer ce qu’elle produit, lorsqu’elle est assumée sans réduction, sans folklore, sans traduction excessive. Avec « Siyi-Kulture » ,« Nous sommes la culture », sa nouvelle collection Automne-Hiver 2026-2027 présentée dans le cadre du calendrier officiel de la Paris Fashion Week®, le créateur sud-africain a imposé une vision claire : la culture n’est pas un décor apposé sur la mode, elle peut en être l’ossature, la tension, la respiration.

C’est la cinquième saison consécutive pour MaXhosa Africa au sein de la Paris Fashion Week®, et qui reste la seule maison de mode basée en Afrique accréditée par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode. Un fait qui n’a rien d’anecdotique : il dit la légitimité conquise, la place tenue.

Cape sur polo et bermuda.

Monter le volume, pas le folklore

Chez lui, ce geste n’a rien d’improvisé. Mais cette saison, il semble encore plus net, plus frontal. « La culture a toujours été présente dans notre collection, mais nous essayons de l’approfondir davantage. À un moment où les gens pensent que nous allons la réduire, nous essayons au contraire de monter le volume », nous a-t-il confié. La formule mérite qu’on s’y arrête. Elle dit une ambition esthétique, mais aussi politique et économique : rendre la culture visible, désirable, et pleinement légitime dans l’espace du luxe contemporain.

Le défilé lui-même prolongeait cette intention. Durant toute la présentation, des duos de danseurs ont exécuté une chorégraphie mêlant culture urbaine et gestuelle traditionnelle, tandis que les mannequins défilaient avec fière allure. Rien de théâtralement forcé : la collection avançait avec une énergie posée, mais bien réelle, une intensité contenue qui lui donnait sa force. Laduma Ngxokolo a tenu à préciser qu’il ne s’agissait pas de hip-hop, mais d’une expression sud-africaine nourrie de plusieurs styles. « L’Afrique du Sud est l’un des plus grands moteurs culturels mondial du moment en matière de danse également », nous a-t-il rappelé.

Soquettes imprimées et escarpins frangés.

Ce que la maille dit

Les silhouettes, facilement portables aux quatre coins du monde, conservaient pourtant une forte densité culturelle. Les graphismes issus de la culture xhosa dialoguaient avec des détails particulièrement bien pensés. De t de franges balayant presque le sol. Des ceintures agrémentées de queues en fourrure venaient compléter certaines tenues masculines, introduisant une dimension plus organique, presque cérémonielle.

Jacquard made in South Africa.

Voyager sans se dissoudre

« La culture africaine commence à beaucoup influencer la culture mondiale. Elle imprègne la musique, l’art, l’architecture, la mode », nous a-t-il expliqué. À Paris, Laduma Ngxokolo a rappelé qu’une culture fortement située peut voyager sans se dissoudre. Roi de la maille, il s’autorise aussi des incursions vers d’autres matières, lin, coton, soie, et promet pour cet été une collection réunissant toutes ses passions.

Ce rayonnement, les grandes institutions l’ont acté depuis longtemps : les collections de MaXhosa Africa sont aujourd’hui archivées au Smithsonian Museum à Washington et au MoMA de New York, au Victoria & Albert Museum de Londres, ainsi que dans plusieurs musées en Allemagne et en Suisse. Des adresses qui ne s’ouvrent pas à n’importe quelle mode.

L’Afrique lui rend la pareille. Cameroun, Rwanda, Ouganda, Nigeria, plus d’une dizaine de défilés sur le continent qui l’a formé. Après une année de pop-ups florissants à New York, Laduma Ngxokolo prépare des haltes à Los Angeles et Atlanta. Paris, elle, est déjà en orbite.

 

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