Certaines pages d’un numéro se feuillettent, d’autres arrêtent la lecture. Dans BRUNE, 113, trois femmes font cet effet. Ce sont nos coups de cœur, et il sera difficile, dans les mois qui viennent, de parler de la Guinée, du Gabon ou de la mode du Continent sans prononcer leur nom.
Diaka Camara, notre couverture. À Conakry, on l’appelle « l’Américaine » parce qu’elle a couvert la ville d’affiches contre les violences faites aux femmes et qu’elle parle net aux familles : une élève soutenue par sa fondation ne sera ni excisée ni retirée de l’école pour être mariée. Ses équipes avaient recensé 300 fillettes dans les quartiers pauvres. Elles étaient 47 en classe la première année, elles sont 70 aujourd’hui, et l’objectif reste 100. Ce qu’elle nous dit tient en deux phrases : « L’argent, c’est le plus facile à donner. Le plus difficile, c’est le suivi. » Le suivi, chez elle, c’est quelqu’un qui emmène une enfant malade à l’hôpital quand l’école ne trouve pas ses parents. Du 4 au 7 novembre, son gala réunira à Conakry ceux qui veulent l’aider à changer d’échelle.
Louise Pierrette Mvono. Petite, elle s’enfermait dans les toilettes pour finir un livre de la Bibliothèque rose, et son père l’appelait « la petite pie ». Après vingt-six ans passés entre les Nations unies et la Banque mondiale, elle est ministre gabonaise de la Planification et de la Prospective et pilote un plan chiffré jusqu’en 2030. On pourrait s’attendre à une technicienne. Or elle mesure la réussite de son plan à une image très simple, celle d’une Gabonaise qui donne la vie sans craindre de mourir en accouchant. Aux jeunes filles, elle laisse ceci : « Ne laissez jamais le regard des autres définir votre valeur. » À ceux qui s’étonnent encore de la voir à ce poste, elle répond que la compétence, le travail et le mérite n’ont pas de sexe.
Adama Paris fête 25 ans de carrière et prépare la Dakar Fashion Week de décembre. Dakar l’avait mal reçue, elle le dit sans enjoliver : trop jeune, pas mariée, les cheveux crépus. Elle a tenu parce qu’elle ne se battait pas pour elle seule. « C’est plus facile de se battre pour tout le monde que pour soi. » On la croit sans peur. Elle se décrit en peureuse : « La peur d’échouer est si grande que je mets tout mon cœur à y arriver. » Elle annonce maintenant des micro-séries à regarder sur un téléphone et une ligne de cosmétiques. Le jean et les baskets, eux, ne bougent pas.

Aucune ne demande qu’on l’admire. Elles demandent qu’on les suive, ce qui engage davantage. Retrouvez-les dans BRUNE 113, en kiosque et sur les plateformes www.cafeyn.co et www.viapresse.com.