Observer ce qui change, ce qui résiste et ce qui s’invente : avec son numéro 113, BRUNE donne la parole à des femmes qui refusent les étiquettes imposées pour s’emparer de leur propre récit. De l’ au rappel ferme des principes républicains sur la laïcité, cette édition refuse de séparer l’allure de la pensée. Une traversée exigeante, portée par une conviction constante : une femme n’est jamais un seul sujet.
En couverture, Diaka Camara impose d’emblée une présence. Productrice audiovisuelle formée aux États-Unis, passée par le secteur bancaire avant de fonder à Conakry sa société de production CBC Worldwide, cette entrepreneure met son sens stratégique au service de l’émancipation féminine. Si la capitale guinéenne la surnomme « l’Américaine » pour sa rigueur et sa franchise, c’est sur le terrain social que se mesure sa détermination : avec sa fondation et le programme « Scolarisons 100 jeunes filles », elle prend en charge les frais de scolarité, la cantine et les cours de soutien pour arracher les fillettes des quartiers défavorisés à l’obscurantisme. Face aux familles, le ton ne tremble pas : elle avertit sans détour qu’elle saisira la justice au moindre soupçon de mariage forcé ou d’excision. Portée par la certitude qu’« une fille éduquée change la vie de sept personnes », elle applique aux réalités africaines le pragmatisme financier des grandes organisations internationales : « La générosité ne suffit pas : pour changer des vies, une fondation a aussi besoin d’argent. » L’entretien dévoile les coulisses d’un engagement sans compromis, où la notoriété n’est qu’un outil pour transformer durablement la société. Quelques pages plus loin, Louise Pierrette Mvono, ministre gabonaise de la Planification et de la Prospective, incarne une autre dimension de l’engagement public. Forte d’une trajectoire menée au sein du Pnud, de l’Unicef et de la Banque mondiale, cette technicienne pilote désormais la stratégie de croissance du Gabon jusqu’en 2030. L’entretien dépasse le cadre institutionnel : il dévoile l’enfance, les livres dévorés en cachette dans les toilettes familiales, les préjugés surmontés et cette analyse lucide : « Les stéréotypes sont souvent le reflet des insécurités de ceux qui les entretiennent, plus qu’ils ne disent quelque chose de la personne qu’ils visent. » Avec Adama Paris, le ton s’accélère. La créatrice revient sur vingt-cinq années de mode, de Dakar Fashion Week et d’obstination entrepreneuriale. Elle évoque les débuts incertains, l’argent englouti, les barrières dressées et cette peur intime transformée en moteur : « La peur d’échouer est si grande que je mets tout mon cœur à y arriver. » Sa vision pour l’avenir demeure limpide : bâtir des circuits et des références propres au continent, « se forger une Afrique qui me ressemble et qui nous ressemble ». C’est là l’une des forces majeures du numéro : ne jamais dissocier le fond de l’allure. Les pages mode réhabilitent la rigueur de la veste structurée, les carreaux détournés et la douceur de la dentelle. La beauté s’émancipe du minimalisme beige imposé par la tendance « clean girl » pour renouer avec les pigments, l’audace et la liberté de création. Le magazine pose alors un principe d’émancipation esthétique : « Aujourd’hui, le miroir ne sert plus à corriger, mais à s’exprimer. » Le numéro aborde également les enjeux économiques et personnels du quotidien : le piège du « syndrome de l’objet brillant » dans la gestion des carrières, les mécanismes des pensées parasites et le retour aux vertus étudiées des pharmacopées traditionnelles. Dans les pages parfums, le sillage redevient une mémoire : les effluves de thiouraye, d’ylang-ylang, d’oud et de vanille expriment l’affirmation intime et l’appartenance culturelle.

Le voile ! Dans son enquête consacrée aux débats qui traversent la société en France, le magazine rappelle avec rigueur les frontières du droit : la laïcité impose la neutralité religieuse à l’État et à ses agents publics, jamais aux citoyennes ni aux usagères de l’espace public. Pour analyser les dérives discriminatoires et le rejet subi au quotidien par les femmes musulmanes, le dossier met en exergue ce principe fondamental : « L’oppression se combat en poursuivant ceux qui l’exercent, pas en sanctionnant celles qui la subissent. » Comme le souligne le magazine en dialogue avec l’avocate et ancienne ministre George Pau-Langevin, instaurer une « police du vêtement » ou multiplier les exclusions arbitraires (à l’école, à l’université ou à l’embauche) sous prétexte de protéger les femmes produit l’effet inverse : cela les isole et les prive des espaces réels d’autonomie et d’émancipation.
BRUNE 113 en kiosque et sur les plateformes : www.cafeyn.co et www.viapresse.com