#BRUNE 111 : Bijoux, la fin d’un tabou

Francois Thomas
4 Min Lecture

Aïssata K.  Y raconte comment la parure a cessé d’être un détail pour devenir le centre de gravité d’une silhouette — et comment l’Afrique et ses diasporas réécrivent les règles du jeu.

Le constat de départ est simple : le bijou n’occupe plus la marge. Cette saison, il prend la place qu’on lui refusait, posé sur des silhouettes volontairement dépouillées qui lui laissent tout l’espace. Schiaparelli verse dans le surréalisme, Chanel empile chaînes et pendentifs, Saint Laurent et Valentino sculptent leurs volumes. Mais l’article montre que ces gestes rattrapent ce que des créateurs indépendants pratiquent depuis longtemps, loin des projecteurs parisiens.

Le voyage commence à Nairobi, où Adele Dejak façonne le laiton recyclé et la corne en architectures qui captent la lumière. Non loin, Jennifer Mulli a fondé Jiamini autour d’une seule obsession : la perle comme matériau de construction, avec des pièces inspirées de la colonne vertébrale. Au Cap, Pichulik tresse corde, métal et pierres dans des bijoux qui tiennent davantage de l’objet rituel que de l’accessoire classique. À Bujumbura, Margaux Wong transpose une éthique amazonienne — ne rien gaspiller — dans ce qu’elle nomme un responsible luxury, un luxe responsable qui n’a rien d’un slogan.

L’enquête s’attarde ensuite sur les bijoux qui portent une mémoire. Sewit Sium, à New York, ancre ses créations dans des récits africains précis, à mille lieues d’une africanité décorative. La haute joaillerie n’est pas en reste. À Abidjan, Didier Constant a fondé AC by AC, où motifs adinkra, cauris et figures zoomorphes structurent les collections plutôt que de les orner. À Londres, l’ancienne gemmologue Vania Leles a fait de la traçabilité éthique le socle de VanLeles : rubis du Mozambique, émeraudes de Zambie et diamants du Botswana, travaillés par des mains qui en connaissent l’histoire. Satta Matturi, elle, baptise ses pièces de noms qui invitent au voyage.

Au‑delà des maisons, Aïssata K. repère une rupture chromatique. La joaillerie s’autorise enfin le bleu Klein, le vert sauge, le terracotta, le jaune safran. La perle se réinvente, le laiton s’impose, les textures bougent. Un panorama qui dit, au fond, que la parure africaine et afrodescendante a cessé de s’excuser.

L’article de BRUNE, s’arrête sur une belle image, celle d’une joaillerie qui ne s’excuse plus. Reste une question que la suite de l’histoire pose déjà : que faut‑il pour transformer cette audace en industrie durable ? Le contexte joue en faveur de ces créateurs : la joaillerie est devenue la valeur montante du luxe au moment où la maroquinerie s’essouffle, et les acheteurs privilégient désormais la provenance sur le logo. C’est précisément le terrain où les maisons mises en lumière par BRUNE partent avec une longueur d’avance : la traçabilité n’y est pas un argument ajouté après coup, elle est le récit lui‑même.

Quelques signaux confirment que la reconnaissance dépasse le cercle des initiés. Sotheby’s a consacré à VanLeles une exposition personnelle, et les créations de Vania Leles ont déjà orné quelques‑unes des silhouettes les plus regardées du monde. À Nairobi, Adele Dejak a habillé des icônes globales. La diaspora et la scène internationale ne regardent plus ce travail de loin.

C’est là, sans doute, la vraie fin du tabou : non pas seulement oser, mais disposer enfin de la formation, des réseaux et des tribunes qui font tenir une maison dans le temps. La beauté était acquise. La structure, elle, s’installe maintenant.

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